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À l'écoute des femmes, des enseignements de l'Indonésie

  • 20 avr.
  • 5 min de lecture

L'Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé au monde, avec plus de 275 millions d'habitants. Elle compte plus de 17 000 îles et plus de 300 groupes ethniques. On peut affirmer que c'est une nation où la pluralité culturelle, linguistique et religieuse façonne la vie quotidienne. L'Indonésie abrite la plus grande population musulmane au monde, mais l'État reconnaît officiellement six religions : l'islam, le protestantisme, le catholicisme, l'hindouisme, le bouddhisme et le confucianisme, offrant ainsi un contexte unique où la coexistence interreligieuse est vécue au quotidien.


Dans ce contexte riche et complexe, j’ai eu l’occasion de me rendre à Jakarta et à Bandung en compagnie de la vice-présidente générale de l’UMOFC, Isabella Park, et de mon collègue de l’Observatoire des femmes de l’UMOFC, Patricio Caruso. Cette visite a été minutieusement planifiée en collaboration avec notre organisation membre Wanita Katolik Republik Indonesia (WKRI) et a marqué une avancée importante dans le renforcement de notre collaboration ainsi que les premiers pas de l’« écoute active » menée par la WUCWO auprès des femmes vulnérables en Indonésie.


La promotion de la dignité des femmes est au cœur de la mission de WKRI, fondée en 1924. Il s’agit d’une organisation indépendante et socialement engagée, dotée de valeurs morales solides et d’une capacité avérée à mener à bien un travail axé sur le service, visant à promouvoir le bien commun et à défendre la dignité humaine. Au cours de notre visite, nous avons pu constater la générosité, le professionnalisme et le profond engagement de la WKRI. Son vaste réseau, qui couvre l’ensemble du pays à travers les structures diocésaines et paroissiales, lui permet de rester proche des réalités auxquelles sont confrontées les femmes dans des contextes très divers. Son travail est l’expression concrète d’une Église présente, attentive et engagée.


Notre objectif était de jeter les bases de notre projet d'un an, « Violences et discriminations à l'égard des femmes en Indonésie », que nous menons grâce au soutien de One Heart One Body. Nous souhaitons comprendre comment les violences sexistes en Indonésie sont liées à la dégradation de l'environnement, aux industries extractives et au changement climatique. Le pays offre un contexte crucial pour une telle réflexion. Bien que d’importants efforts législatifs et politiques aient été déployés, la violence à l’égard des femmes reste un problème urgent et complexe, souvent exacerbé par les inégalités économiques, les normes culturelles et les pressions environnementales.


À travers une série de réunions d’experts, de groupes de discussion et de rencontres institutionnelles organisées à Bandung et à Jakarta, nous avons dialogué avec un large éventail de parties prenantes. Parmi celles-ci figuraient une délégation de la Commission nationale sur la violence à l’égard des femmes, des représentants d’institutions publiques, des universitaires, des organisations de la société civile et des représentants de l’Église catholique. Nous avons également eu l’occasion précieuse de rencontrer des femmes catholiques de la région de Bogor, de Bandung, de Jakarta, de Yogyakarta et de Java oriental, en compagnie de la conseillère spirituelle de la WKRI. Ces échanges ont mis en lumière à la fois la diversité des contextes et les défis communs auxquels sont confrontées les femmes à travers le pays.




Parmi les nombreuses rencontres, celle qui m’a particulièrement marquée a été celle avec Mgr Paulus Budi Kleden, archevêque d’Ende depuis 2024. Son témoignage a donné un aperçu concret des réalités vécues par les communautés dans des régions telles que l’île de Flores, où les catholiques constituent la majorité. Mgr Budi a évoqué l’impact complexe des projets d’énergie géothermique sur les populations locales, en particulier sur les femmes. Bien qu’elles soient présentées comme relevant du développement durable, ces initiatives génèrent souvent de profondes tensions sociales et environnementales. Les femmes, nous a-t-il dit, sont fréquemment exclues des consultations et des processus décisionnels, alors même qu’elles comptent parmi les plus touchées. La dégradation de l’environnement, qui affecte la qualité de l’eau, de l’air, l’agriculture et le logement, a des conséquences directes sur la vie familiale et la santé.


Il a également souligné comment les mécanismes de compensation économique, lorsqu’ils ne s’accompagnent pas d’un accompagnement adéquat, peuvent accroître la vulnérabilité. Les familles peuvent vendre leurs terres sans bénéficier d’un soutien pour la gestion des ressources, tandis que les moyens de subsistance traditionnels, notamment ceux liés à l’agriculture et dans lesquels les femmes jouent un rôle central, sont perturbés. Cela peut conduire à la migration, au travail précaire et, dans certains cas, à l’exposition à la traite des êtres humains.


Particulièrement frappante était son observation des tensions sociales et de la polarisation pouvant surgir au sein des communautés, ainsi que de la persistance de dynamiques culturelles dans lesquelles la voix des femmes n’est pas suffisamment entendue. Dans certains cas, lorsque les femmes s’expriment, que ce soit sur des questions environnementales ou de violence domestique, elles peuvent être confrontées à des risques supplémentaires ou à la marginalisation. Son témoignage a démontré son engagement profond face à ces défis, auprès des communautés locales, ainsi que l’importance d’une approche intégrale, en accord avec la vision proposée dans Laudato Si’, où le souci de la création et le souci des personnes, en particulier des plus vulnérables, sont indissociables.


Au-delà du programme officiel, cette visite a également été l’occasion de découvrir des signes forts de la culture de coexistence et de respect mutuel qui caractérise l’Indonésie. À Jakarta, nous avons visité les environs de la mosquée Istiqlal, la plus grande mosquée d’Asie du Sud-Est, située juste en face de la cathédrale de Jakarta. Cette proximité est un symbole saisissant de l’harmonie interreligieuse. Un « Tunnel de la paix » relie la mosquée et la cathédrale ; conçu comme une expression concrète de dialogue et de fraternité, il a été béni par le pape François. De plus, des gestes simples mais significatifs soutiennent cette coexistence au quotidien : le vendredi, la cathédrale catholique met ses places de parking à la disposition des fidèles musulmans pour la prière, tandis que le dimanche, ce geste est rendu à la communauté catholique.


Bien que notre visite se soit limitée à Jakarta et à Bandung, elle nous a permis de poser des bases solides pour notre travail futur. La présence de la WKRI dans la plupart des diocèses, y compris dans les zones les plus reculées et les plus complexes, nous donne la possibilité d’atteindre les femmes et les communautés au niveau local. Ce voyage a réaffirmé la richesse de l’UMOFC, sa capacité à atteindre les communautés de base, à établir un contact direct avec les réalités locales et à créer des opportunités d’apprendre et de donner de la visibilité aux plus vulnérables. Je rentre profondément reconnaissante de l’accueil reçu et inspirée par le dévouement de la WKRI et de toutes les personnes que nous avons rencontrées. Leur témoignage nous rappelle qu’un changement durable se construit par le dialogue, la collaboration et un engagement commun en faveur de la dignité humaine. En tant que membres de la même Église, nous marchons ensemble dans la même mission, chacune d’entre nous partageant la responsabilité de soutenir la vocation, la mission et l’évangélisation des femmes.


Lavinia Rocchi Carrera

Secrétaire générale

Union Mondiale des Organisations Féminines Catholiques

 

 
 
 

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